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Le reggae du bon samaritain
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Sermon pour le 15ème dimanche ordinaire C
d'après Mgr André-Mutien Léonard, évêque de Namur
"Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho."..
Il s'agit d'un homme, mais nous pouvons aussi comprendre ce texte comme parlant de l'homme en général, de tout homme.
Oui, le genre humain, maintenant, est en piteux état, il est entre la vie et la mort, dépouillé des vêtements qui sont l'honneur du corps humain, blessé par les mauvais traitements dont il a été victime.
Comment, à la lumière de l'ensemble de la Bible, ne pas reconnaître dans cet homme l'homme déchu, victime des attaques de l'Adversaire ("A" majuscule, c'est-à-dire Satan), dépouillé de la gloire originelle de la Création, et menant ici-bas une existence précaire, toujours menacé par la mort ?
Sur le chemin de l'histoire humaine, les religions et les sectes ne manquent pas qui promettent à l'homme monts et merveilles : la guérison et le bonheur. Mais tous ces prêtres et ces lévites, Aoun, Mandarom, passent à côté de l'humanité blessée sans prendre au sérieux son malheur et sans vraiment la prendre en charge.
Ils promettent la sérénité sans souffrance, mais c'est à la condition d'éteindre en soi tout désir, vous avez reconnu les bouddhistes.
Ils annoncent un nouvel âge ("New Age") pétri de pensée positive, mais c'est en dissolvant notre existence unique dans des énergies impersonnelles ou en l'aliénant dans des réincarnations successives. Ils passent à côté de l'homme réel ou bien ils planent au-dessus de lui.
Jusqu'à ce qu'arrive l'Etranger, (les Samaritains étaient considérés comme des étrangers, des "horsains" comme on dirait chez nous en Normandie...), Celui qui est venu d'ailleurs, le Christ. Lui, il prend la peine de regarder le blessé tel qu'il est. Il le voit et, submergé de compassion, il se penche sur lui. Rien n'est insignifiant pour le Christ. Aucune blessure, aucune égratignure ne Le laisse indifférent. De la vie unique de cet homme blessé, il ne jettera rien dans la poubelle de la méditation transcendantale ou dans les oubliettes du nirvana. Il panse les plaies du voyageur, une à une, avec l'huile et le vin de sa très douce miséricorde.
Et puis, Il le porte Lui-même, comme le pasteur porte la brebis égarée, Il le hisse sur sa propre monture.
Il sait ce qu'il en est. Lui-même, pour l'amour de cette humanité blessée, Il a quitté un jour la demeure paternelle dans les Cieux, il s'est mis à voyager sur les routes humaines, au péril de sa vie. Jésus, tombé aussi en de mauvaises mains, les nôtres. Il s'est retrouvé, blessé à mort, au rang des misérables, et il a apprécié les services d'un certain Simon de Cyrène.
C'est pourquoi rien ne Lui est étranger dans notre détresse. Pour prendre soin de l'homme blessé, Il le mène dans une bonne auberge. Même dans le meilleur hôtel, on a toujours à redire sur tel ou tel point. Dans celle que choisit l'Etranger, et qu'Il appelle "l'Eglise", il y aura bien quelques déficiences dans le service. Mais comment l'homme blessé n'y trouverait-il pas son compte puisque, avant de retourner dans sa patrie, l'Etranger a laissé à l'aubergiste deux bonnes pièces d'argent, le double trésor de la Miséricorde et de l'Eucharistie, capables de guérir intégralement et de transfigurer son coeur et son corps.
Mieux encore, le Bon Samaritain fait, avant de partir, une promesse démesurée. Il dit à l'aubergiste : "Prends soin de lui; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai."
Quelle merveilleuse garantie pour le pauvre blessé que nous sommes ! Quand, avec l'âge, nous voyons nos forces décliner, quand la maladie et les handicaps nous paralysent progressivement, comment espérer que notre pauvre vie, avec ce corps qui s'use et se défait, va pouvoir déboucher sur l'existence impérissable ?
Et quand nous comparons notre coeur, abîmé par tant de péchés, avec la sainteté de Dieu, comment espérer pouvoir se tenir en sa présence ? Mais voici que Lui, Il est prêt à dépenser tout ce qu'il faut, sans limite aucune, pour arrondir la somme toujours trop courte de notre vie.
Au jour de son retour, Il sera le juge de nos existences insolvables, mais un juge prêt à payer Lui-même la totalité de notre dette ! Pourvu que nous placions en Lui toute notre espérance.
Sans réserve aucune. AMEN.
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